makhnovtchina

Makhnovtchina est un projet adisciplinaire et forain qui vise à expérimenter, co-naître et cartographier (sur tous types de supports) la ville mobile avec ceux qui la vivent ainsi qu'à outiller des situations critiques - ou les espaces produits par la Métropole – en Haute-Normandie et à l'Est de l'Europe (Russie / Moldavie).




♦ #camping numérique : Quinzaine de création d'un tuto sur la construction d'une éolienne et d'une climatisation

Pendant deux semaines nous avons installé le MKN-VAN à côté du camion de Jean-Charles et Christine, pour réaliser avec eux un tutoriel sur la construction d’une éolienne et d’une climatisation sous le regard bienveillant d'un dragon de feuilles.

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♦ #2 Tournée du MKN-VAN avec la Fanzinothèque de Poitiers dans le pays Brionnais

Du 15 au 21 mai, la Fanzinothèque mobile et le MKN-VAN ont été en territoire Brionnais pour créer un Fanzine avec les lycéens (lycée Augustin Boismard), faire une exposition, de la sérigraphie et des diffusions de nos films avec le MKN-VAN.

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♦ FOURGON DE CURIOSITÉS - ФУРГОН С ДИКОВИНАМИ



« Parfois, des gens s’arrêtent, parce qu’ils pensent qu’on manque de quelque chose en voyant de loin notre camion. Alors je les invite à boire un café et leur montre que non ! Regarde on a de l’eau, du chauffage et de la lumière ! ».

«Иногда люди останавливаются, потому что видят издалека наш грузовик и думают, что нам чего-то не хватает. Тогда я предлагаю им выпить кофе и показываю, что это не так! Посмотри: у нас есть вода, отопление и свет!»

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♦ Repousser les oiseaux de fer - Notre-Dame des Landes / juillet 2016

Il y a à la Zad des gens de passage, des gens qui y vivent depuis l'opération César ou même pour très peu d'entre eux depuis les années 90. Il est difficile de connaître l'histoire de celle-ci et de son développement, ce qui est sûr c'est qu'historiquement il y a sur le terrain, trois exploitants agricoles qui se sont opposés dès les années 60 au projet d'aéroport, le projet est alors tombé dans l'oubli dans les années 70. Dans les années 90, à l'aube d'une résurgence du projet seraient venus se greffer quelques squats autour de ces fermes. C'est à partir de 2009 et 2010 que vont s'installer plus massivement les Zadistes.

En effet, en 2009 s'y est déroulé le premier camp action climat. En 2010 pendant le G8 a été recensé sur la planète beaucoup de manifestations qui furent violentes et extrêmement répréhensives, notamment à Strasbourg. C'est alors que fut prise la décision d'occuper une zone pour dire "non" aux décisions gouvernementales en plus des manifestations. Il y eu ensuite l'opération César en 2012 (délogement des zadistes) qui fut un échec du gouvernement et qui a un peu plus médiatisé le combat présent sur la ZAD. Enfin la mort de Rémi Fraisse en 2014 (opposant au barrage de Sivens) a ramené encore plus de militants sur la ZAD.

Mais l'avenir de la Zad est en suspend, comme l'a été toute son histoire. Le gouvernement veut que la « décision démocratique soit respectée », envoi de CRS ? Non car il y a une volonté de régler tout cela dans la paix selon Ségolène Royal. Manuel Valls veut débuter les travaux en octobre, « les zadistes doivent s'en aller » a-t-il dit. Sans violence ? Ou bien durant les vacances d’août où les médias n'ont que peu de retentissance ? Le gouvernement osera-t-il s'occuper du problème ? Ou le laissera-t-il au prochain gouvernement ? Personne n'a de réponse, la crainte est présente, certains y pensent, « il faut construire la cabane avant qu'il ne soit trop tard », d'autres non.

Ce qui est certains c'est que les Zadistes ont un fort pouvoir de mobilisation durant ces assauts. Que ce soit par l'appui du plus grand nombre, de collectifs : comité Landais, de Bordeaux, de Lot Et Garonne, Haute Loire, Caen.., par leur rapidité de réactions, par les actions menées (occupation massive par la construction de nouvelles cabanes, mise en place de barrages et de systèmes de communication..).

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♦ Makhno et l'économie

Youri Latov, économiste russe, distingue, dans l'économie de l'ombre, trois parties :

- « secondaire » : l’activité qui se fait par des acteurs de l’économie officielle mais qui est en même temps interdite par le pouvoir (la corruption, le non-paiement des impôts, etc.)

- « grise » ou « informelle » : l’activité qui est autorisée mais non enregistrable (la production informelle de l’industrie légère, alimentaire, etc.)

- « noire » ou « criminelle » : l’activité interdite qui se fait par des criminels professionnels (production de stupéfiants, assassinat, prostitution, etc.)

Les « Nouveaux temps » donnent au marché noir l'occasion de se développer. L’économie informelle devient alors égale à l’économie officielle et la surpasse même. Très présent dans tous les pays bélligérants des conflits mondiaux, le secteur informel a, pendant la guerre civile de 1918-1922, non seulement réuni autour de lui tous les autres secteurs de l’économie de l’ombre, mais a aussi formé l’opposition politique et militaire anarchiste : la « Makhnovia ».

La Makhnovtchina avait pour base la région la plus marchande du pays : Goulaï-Polié. La ville avait alors besoin de plus de produits alimentaires que la campagne n'avait besoin de produits de consommation. L'espace rural s'en trouvait avantagé. Et comme les pouvoirs armés rouges (bolcheviks) et blancs (austro-hongrois) pratiquaient des réquisitions systématiques de produits divers, la population rurale leur préféra l’absence de pouvoir, c’est-à-dire, l’anarchie. Makhno tenta alors d’assurer un système d’échange direct des produits, sans structures étatiques. Ce modèle, très attractif pour des paysans, ne fut cependant pas viable à long terme.

Selon Shoubin A., (Makhno et le mouvement de Mahno, М.: МИК, 1998.) les réunions de paysans ont adopté une résolution de soutien à Makhno : « Ce n’est que Makhno et son armée qui peuvent établir la vraie vie juste et éliminer les ennemis des paysans ; c’est pourquoi tous les paysans honnêtes doivent s’engager dans l’armée de Makhno, y envoyer leurs fils, et fournir alimentation, chevaux et tout ce qui est nécessaire aux insurgés courageux ».

En revanche, Makhno lui-même définissait son attitude envers le pouvoir d’une autre manière : « Nous sommes le commandement militaire, notre cause est de battre des cadets, tandis que c’est à vous de créer le pouvoir civil si vous ne pouvez pas vous en passer ». Il proposait aux travailleurs d'adopter un régime d’autogestion et d’autofinancement complet. En contrepartie, ils devaient servir l’armée pour un salaire modéré.

La situation des travailleurs de la région de Goulaï-Polié était difficile. Les seuls secteurs concurrentiels de la production étaient l’alimentation et les briquets. Pour la plupart, les deux à trois milles travailleurs des quartier vivaient de potagers et de petit commerce. La zone ouvrière se transformait en foyer de criminalité.

Contrairement aux travailleurs de l'industrie lourde qui ne pouvaient maintenir ou augmenter leur production en raison du manque de matières premières et de débouchés (les uns et les autres étant coupés par le front), les cordonniers, les travailleurs du secteur alimentaire, du cuir et d’autres travailleurs de petites productions orientées directement vers le consommateur se sont très vite inscrits dans « le socialisme de marché » proposé par Makhno. Dans ces branches, le chômage diminua jusqu'à disparaître dans le secteur du cuir, car les échelles de socialisation des biens de production augmentaient. De même l’industrie alimentaire passa intégralement aux mains des travailleurs. Cependant, le secteur privé de production continua d'exister. Ainsi, même à Goulaï-Polé, l’ancienne administration de l'usine continuait de fonctionner en négociation avec le syndicat. Le travail était payé par le blé du moulin voisin avec lequel le syndicat avait établi des relations.

La prospérité marchande de l’industrie légère a provoqué la critique de Makhnovtchina par les idéologues « niveleurs ». Ainsi, le journal « Povstanetz » (« L’insurgé ») publiait dans un article anonyme : « A vrai dire, ce sont les cordonniers qui vivent le mieux – ils ne se soucient pas de la cherté de la vie. La moindre augmentation des prix du marché est répercutée sur le client ».

L'ajustement du marché financier devenait nécessaire. Tant que les mécanismes distributifs d’avenir n’étaient pas fixés il fallait vivre dans des conditions de relations argent/produit/marchand.

♦ Un camion, bientôt un cinéma !

Le camion cinéma MKN-VAN est un des outils mis en place par Echelle inconnue pour poursuivre son travail de recherches et de créations sur le projet Makhnovtchina, la ville mobile. En cours de transformation au lycée professionnel Augustin Boismard, ce camion parcourra ensuite les routes normandes, et au-delà, pour diffuser les films que nous réalisons avec des personnes habitant de manière mobile et légère. La matière récoltée à un endroit sera diffusée dans un autre. Ainsi, dans les rails du train-cinéma de Medvedkine, le camion-cinéma MKN-VAN aura pour objectif de rapprocher des situations de mobilité les unes des autres.

Un camion, bientot un cinema ! from Echelle Inconnue on Vimeo.

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♦ Pourquoi Makhnovtchina ? Encore. "Le royaume sur roue"

Est-ce aveu que de vous dire pour la troisième fois (1) (2) pourquoi ce titre patronne notre travail documentaire de recherche et création ?

Encore une fois, c'est une intuition que ce travail interroge ou vérifie : comme le rapport secret ou l'histoire clandestine qui uniraient l'épopée de l'armée insurrectionnelle ukrainienne et les formes mobiles et actuelles de la villes et leurs habitants.

A mesure les liens se tissent et se réaffirment car il ne s'agit rien de moins ici que de réécrire l'histoire, reconstruire pierre à pierre le monument détruit et sans doute horizontal à nos paternités souhaitables.

Alors une pierre encore...

… décrochée du passage de « la Révolution Inconnue » que son auteur, Voline, qui fut ministre de l'éducation de la partie Ukrainienne sous contrôle de la Makhnovtchina (hé oui ministre ! L'anarchie s'acharne à ne pas correspondre à l'image qu'on en donne) consacre à la Makhnovtchina.

«  irrité par la résurrection et la résistance opiniâtre des Makhnovistes – résistance qui gênait et retardait fâcheusement son avance – Dénikine faisait la guerre non seulement à l’armée de Makhno comme telle, mais à toute la population paysanne : en plus des brimades et des violences habituelles les villages qu’il parvenait à occuper étaient mis à feu et à sang ; la plupart des habitations paysannes étaient pillées, et ensuite détruites. des centaines de paysans furent fusillés. Les femmes furent malmenées, et quant aux femmes juives, assez nombreuses dans les villages ukrainiens, presque toutes – notamment à Goulaï-polé – furent violées.

Ce genre de « guerre » obligeait les habitants des villages menacés par l’approche des dénikiniens à abandonner leurs foyers et à « prendre le large ». Finalement, l’armée makhnoviste fut rejointe et suivie dans sa retraite par des milliers de familles paysannes qui fuyaient leurs villages, emmenant avec eux leur bétail et leurs hardes.

Ce fut une véritable migration des paysans. Une masse énorme d’hommes, de femmes et d’enfants, entourant et suivant l’armée dans sa lente retraite vers l’ouest, s’étendit peu à peu sur des centaines de kilomètres.

Arrivé à l’armée de Makhno au début de sa fabuleuse retraite, je pus voir ce pittoresque « royaume sur roues », comme on le baptisa plus tard. Je le suivis dans son fantastique mouvement. L’été de l’année 1919 fut d’une sécheresse exceptionnelle en Ukraine. par les routes poussiéreuses et par les champs avoisinants, cette mer humaine se mouvait lentement, pêle-mêle avec du bétail (des milliers de bœufs, notamment), avec des voitures de toutes sortes, avec les services de ravitaillement, de l’intendance et de santé. En somme, toute cette masse formait le train des équipages de l’armée.

L’armée proprement dite ne se mêlait pas à ce royaume mouvant. elle tenait strictement la route, sauf les unités qui partaient au combat pour couvrir et protéger le gros des forces ; la cavalerie, notamment, restait presque constamment au loin, à se battre. l’infanterie, quand il n’y avait pas combat, ouvrait la marche de l’armée. Elle se déplaçait sur des « tatchanki ». Chaque « tatchanka », attelée de deux chevaux, portait le cocher, assis sur le siège de devant, et deux combattants à l’arrière. dans certaines sections, une mitrailleuse était installée sur le siège entre ceux-ci. L’artillerie fermait la marche.

Un grand drapeau noir flottait sur la première voiture. « la liberté ou la Mort », « la terre aux paysans, les usines aux ouvriers », lisait-on sur les deux cotés du drapeau. Ces formules étaient brodées en lettres d’argent. En dépit des circonstances, des dangers et des combats presque quotidiens, tout ce peuple était plein d’entrain et de courage. Chacun avait sa part dans les divers services de l’armée. Chacun prenait à cœur le sort de tous, et tous avaient soin de chacun. de temps à autre, des chants populaires ou révolutionnaires retentissaient ça et là, repris aussitôt par des milliers de voix.

Arrivée dans un village, toute cette masse y campait jusqu’au moment où l’ordre venait de reprendre la route. Alors, sans tarder, tout se remettait en marche, toujours vers l’ouest, toujours aux échos des combats qui se livraient autour de ce « royaume roulant ». »

Et vous, peuple mobile, qui fuyez-vous ?

♦ Makhnovtchina ? Why this title ?

Why this title?

In France it is invariable, unpronounceable by mouths frightened after reading of the Wikipedia's article dedicated to it. Thus think! A revolution other than ours, the only one, the real, in 1789!

In Moscow it is even worse. "Can you explain why the title? "" Forget it! it evokes too much here, it has a bad reputation. "

Explain ! As always the vanquished must justify themselves. Maybe even more as it comes to Makhnovchina movement that was defeated on all sides, crushed between the jaws of the Red and the White armies.

So do we explain. Why this title?

Yes, the combination of Makhnovchina's history and Mobile city's history is truly surrealistic (as the "chance meeting on a dissecting table of a sewing machine and an umbrella"). Following the surrealism example, it is from the merger of a mobile city and of political events based on the mobility, that new realities, surpassing the reality, can emerge. We shall temporarily call them « future. »

Why this title?

The Situationists, Debord the first, devoted to Makhnovism many pages and a song. Is it a coincidence if those who saw in urban transformation the promise of radical changes, were also very much interested in Makhnovchina ? Isaac Babel once wrote that Makhnovchina "disfigured the face of war" when an army of peasant carts equipped with machine guns took the place of traditional cavalry, artillery etc. Speaking of the "Situs " (Debord and others) is quite legitimate but as soon as it comes to the topic they were discussing, that is to Makhnovchina as such, then problems arise.

Why this title?

The Russian economist Vladimir Radaev himself makes a link beetween Makhnovchina and informal economy. He sees in Makhno the father of the « informal » in Russia. For him, between the « Red's » ordered economy and the Whites' » formal market economy, the "Greens", under the leadership of Makhno, embodied the informal market economy. An alternative.

Why this title?

Because the father of one of our member has been working in the same company where Makhno worked and died.

Why this title?

Because desirables futures are still awaiting , burried in mass graves of history. We chose our projects' titles to revive dead histories. So did we with "Nowhere" (literal translation of Thomas More's novel title Utopia, who in his time had so little odds he was beheaded for political reasons), with "Black Bloc", with "Smala" (Abd-El-Kader Algerian city destroyed by the French colonial army), and with"Makhnovchina" . No doubt we will still use such titles to work on forgotten historical moments : insurgent Barcelona during civil war, Montoneros killed under the Argentine dictatorship, and others. Defeated futures that nevertheless shape our present times.

♦ Pourquoi ce titre ?

En France c'est invariable, imprononçable par les bouches effrayées après lecture de l'article que Wikipédia lui consacre. Pensez donc ! Une révolution autre que la nôtre, la seule, la vraie, 1789 !

À Moscou encore davantage. « Pouvez-vous m'expliquer ce titre ? », « Faut oublier ! ça évoque trop de choses ici, ça a mauvaise réputation ».

S'expliquer comme l'on demande toujours aux histoires des vaincus ; à celle-là qui plus est, vaincue de toute part, écrasée entre les mâchoires est et ouest de l'Europe. Pour un peu c'est sur ses restes qu'on dresserait la table d'une réconciliation des belligérants, France, Russie qui s'arrachaient en 1922 sa dépouille.

« Ça complique. Le rapport entre ville mobile et caravane insurrectionnelle est long à expliquer ».

Alors, expliquons-nous. Pourquoi ce titre ?

Oui, le rapprochement de cette histoire et de ce présent est proprement surréaliste (comme la rencontre fortuite d'une machine à coudre et d'un parapluie sur une table de dissection). À l'instar du surréalisme c'est de ce rapprochement d'un mode de ville, mobile, et d'un des rares événements politiques basé sur le mouvement, que peuvent émerger de nouvelles réalités surpassant le réel, que nous appellerons provisoirement futurs.

Pourquoi ce titre ?

Les situationnistes, Debord en tête, consacrèrent à la Makhnovtchina de nombreuses pages et une chanson. Est-ce un hasard si ceux qui voyaient dans la transformation urbaine la promesse du changement radical, s’intéressèrent tant à ce qui « défigura le visage de la guerre » remplaçant infanterie, artillerie et même cavalerie par une armée de charrettes paysannes équipées de mitrailleuses ? Comme quoi, même si les Situs, digérés par l'estomac de la branchitude, n'effraient plus personne. Citer leur source leur rend leur dangerosité intellectuelle.

Pourquoi ce titre ?

Parce que nous sommes si bien nés que c'est dans l'usine où Makhno mourut qu'un de nos pères travailla toute sa vie.

Pourquoi ce titre ?

Parce que les futurs désirables sommeillent encore dans les fosses communes de l'histoire. Après « Nulle part » (traduction littérale du roman de Thomas More qui en son temps eu si peu la cote qu'il en fut décapité pour raison politique), « Black bloc », « Smala » la ville détruite par l'armée coloniale française, « Makhnovtchina » ; sans doute continuerons-nous à ressusciter nos histoires mortes : la Barcelone insurgée de la guerre civile, les Montoneros assassinés de la dictature argentine, et les autres encore; futurs non avenus qui façonnent notre présent. " Car nous nous devons d'être responsables des enfants que nous n'avons pas eus*."

_*Salem Brahimi, Alger 2013

♦ бричка и le Cavalier rouge.

Même le jour a ici des tendances insomniaques. Il refuse de se coucher, les ongles accrochés aux acrotères ouest des immeubles. Complice de nuit blanche, il accompagne mes lectures tardives et prolonge inhumainement le chantier d'en face.

À sa lampe je dévore enfin la Cavalerie Rouge d'Isaac Babel; murmure les lignes qui retraversent l'Ukraine de la Guerre civile, celle de 1920 pas celle d'aujourd'hui...hein... J'y suis, mot à mot, les culottes rouges des cosaques à travers les ruines ; y épie les apparitions de Makhno et « sa clique » entre les pages. Je les pioche, les consigne, voilà.

« je couru alors vers la table où écrivait Sidorov, et feuilletais ses livres Ma trouble ivresse tomba. Je me penchais sur la feuille écrite par un autre. Sidorov, tueur angoissé, réduisait en lambeaux la ouate rose de mon imagination et m'entraînait dans les couloirs de sa folie sensée.

« j'ai fait cette campagne contre Makhno, une filouterie fatigante, rien de plus... Voline seul y est encore. Voline se pare de soutanes apostoliques et, abandonnant l'anarchie, grimpe en douceur vers Lénine. Effroyable ! Et le chef l'écoute, caressant le fil de fer poudreux de ses boucles et lâchant, à travers ses dents cariées, le long serpent de ses railleries de rustre. Et maintenant je me demande s'il n'y a pas dans tout cela une graine parasitaire d'anarchie et si nous saurons vous frotter suffisamment le nez, tchékistes maison sortis de l'atelier maison made in Kharkov, capitale de votre fabrication. Vos braves gaillards n'aiment plus à se souvenir des pêchés de leur jeunesse anarchiste et se moquent de nous, du haut de leur maturité politique ; le diable les emportent !... » »

«  je dis adieu à Ghédali et me rendis à la gare. Là, dans le train de propagande de la 1re Armée de cavalerie, m'attendais des centaines de feux, les magiques fulguration de la radio, le roulement ent^té des linos et mon article inachevé pour le Cavalier rouge. »

Briska / бричка

« la banale briska des popes et des fonctionnaires est devenue, par le caprice de nos dissensions intérieures, l'instrument de circonstance, une arme dangereuse et mobile, qui a créé une stratégie nouvelle et une nouvelle tactique, déformé le visage habituel de la guerre ; et des héros sont nés, des génies de la briska. Tel ce Makhno qui a fait de la briska le support de sa mystérieuse et malicieuse stratégie, lui qui supprima l'infanterie, l'artillerie et même la cavalerie, masses peu maniables, leur substituant une armée de briskas qui promenaient, vissées à bord, quelque trois cents mitrailleuses. Tel Makhno, multiforme comme la nature. Des charrettes de foin, rangées en ordre de bataille, prennent des villes. Un cortège nuptial arrive au Comité Exécutif d'un canton, ouvre une fusillade nourrie, et un pope chétif, déployant sur sa tête le drapeau noir de l'anarchie, exige des autorités qu'elle livrent les bourgeois, les prolétaires, du vin et de la musique.

Une armée de briskas a des aptitudes inouïes pour la manœuvre.

Boudienny l'a montré aussi bien que makhno. Il est difficile de sabrer une armée ainsi faite et insensé de vouloir s'en emparer. La mitrailleuse enfouie sous une meule de foin, la briska rentrée sous le hangar d'un paysan, il n'y a plus de forces armées dans la place. Ces points ensevelis, que l'on soupçonne sans les deviner, froment, additionnés, le village ukrainien tel qu'on l'a vu naguère, farouche, séditieux et rapace. Une armée pareille, avec des munitions fourrées dans tous les coins, un Makhno peut la mettre en une heure sur le pied de guerre ; il lui faut encore moins de temps pour la déémobiliser. »

« la brigade s'allongeait, poussiéreuse et interminable, comme les convois de paysans qui se rendent à la foire. En queue, s'essoufflaient des musiques fatiguées. »

♦ Les trains...

Ceux de la Makhnovtchina, entrevus dans le film d'Hélène Chatelain, celui de Ziga Bertov, qui peut-être, un jour croisa les premiers en Ukraine. Celui de Medvedkine. Ceux qui amènent aux trois gares de Moscou les « migrants », candidats à la fabrique de la ville planifiée quitte à devoir dormir dans des containers. Les trains de la gare de treillage de Sotteville-lès-Rouen dans les wagons desquels dorment des employés.

Des trains et des lignes de chemin de fer qui, traçant la route, écartent le paysage et le plan même; générant à leurs abords des blancs de carte sur lesquels on vient vivre et construire quand on ne peut faire autrement... Hors-la-loi, hors la carte, comme hors la France ou la Russie profitant du vide là : caravanes ou espaces auto construits le long de la ligne Rouen/Paris ou Moscou/Domenovo. Les trains révèlent les bidonvilles prétendument disparus. Ils révèlent, la cécité entretenue.

chantier aux abords de la ligne Moscou/Domenovo

Et ces trains, américains ceux-là, qui transportaient les barnums du monsieur du même nom. Et celui, bolchevique, dont Voline tente de rattraper la métaphore politique pour y grimper et l'offrir au peuple.

Trains omniprésents, quoiqu'à respectable distance de ce qui nous occupe, mais trains tout de même dont on discutait avant mon décollage relativement aux collaborations universitaires Francorusse.

Je n'avais pour moi, jusqu'à présent, que la guerre du rail, juste vengeance face aux trains de la mort. Me manquait ces trains, tous les autres qui disent et sculptent notre monde.

♦ Ukraine, Russie, France : La route du café suit celle de Makhno.

De l'Ukraine à Moscou en passant par la Moldavie et, peut-être, bientôt, la France.

Ce n'est pas, dans le désordre, le parcours qui mena le jeune Makhno de Goulai Polié à la prison moscovite de Boutyrka puis de l'Ukraine à la France en passant par la Moldavie pour échapper aux balles russes et françaises.

Mais plus simplement le parcours d'un drôle de véhicule forain croisé avec son propriétaire au bord d'un trottoir de la gare de Bieloruskaya.

Nous l'avions croisé en Moldavie déjà, mais c'est d'Ukraine que vient la voiture/café. C'est Oleg qui nous le dit à l'arrière de son véhicule équipé.

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♦ Crimée ou le conditionnel de variétés

« Je ne suis qu'un artiste de Variétés et ne peux rien dire qui ne puisse être dit "de variétés" car on pourrait me reprocher de parler de choses qui ne me regardent pas

Comme si je vous disais qu'un autre choix, une autre analyse que celle que les belligérants, des deux côtés de l'Ukraine, veulent nous vendre sont possibles.

Comme si je vous disais que l'histoire hoquette et que, déjà en 1919, la Makhnovtchina faisait cet autre choix.

Riposte française à l'annexion de la Crimée : un nouveau Zouave(1) au pont de l'Alma.

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♦ Origines #1

J'en aurais presque oublié l'évidence : c'est ici qu'une partie des références de ce projet, et d’Échelle Inconnue même, se fondent. Du cinéma ambulant de Meddvedkine, au projet de « cars cinéma » de Rodchenko en passant par Maïakowski et les débats des constructivistes sur le « désurbanisme ».

projet de voiture cinéma par Alexandre Rodchenko

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♦ FILM DIEPPE


DIEPPE

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Makhnovtchina / cycle urbanismes combattants
atelier cartographique de campagne


stany cambot / échelle inconnue
www.echelleinconnue.net mel@echelleinconnue.net


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