Monstre, du latin monstrare (monstro, avi, atum), qui signifie « montrer », « indiquer », et monstrum (rattaché au verbe monere, « avertir »), non forcément péjoratif.

Le monstre est ce que l'on montre du doigt, et aussi ce qui se montre, ce qui traduit la puissance divine de la Création, capable de mettre du désordre dans l'ordre ou le contraire, provoquant soit la terreur, soit l'admiration. L'écart avec la norme est à double sens, la frontière s'efface entre les monstres et les merveilles.

Après deux semestres de Doctorats consacrés aux bêtes et au sexe, nous désirons interroger la figure du monstre et son rapport à l’espace habité. Le monstre à exclure, terrasser, bien moins parce qu’il hanterait la ville, que parce qu’il la menace de l’extérieur, des marais environnants, des grottes ou des montagnes. Figure insane du non urbain ou du non encore urbanisé, maîtrisé. À moins qu’il ne soit l’épouvantail périphérique qui détermine la croisade à mener sur les terres incultes à conquérir.

Les formes monstrueuses que la ville expulse ou rejette.

Insoluble dans le « logiciel » urbain, la monstruosité est chassée, expulsée. Anormale, elle s’oppose à la norme sur laquelle la fabrique de la ville repose. Plus encore, l’ano-malie, elle, s’oppose à la loi, l’ordre (fut-il spontané ou naturel). Elle contredit la nature même. Ce n’est donc pas une opposition ville/nature que les combats de St Georges ou St Romain incarnent mais bien ville/culture. Le monstre est une vision depuis le centre (la ville, la norme, la loi) une création peut-être qui tend à entendre comme monstrueuse les spatialités, sociétés ou comportements périphériques (nomades, Zones, ZAD, banlieue).

Le monstre terrassé devient parfois fondation de l’ordre urbain. Le dragon que terrasse Saint Romain est amené des marais de la rive gauche de Rouen non encore assainis. Cependant, la ville ne semble pouvoir durablement être exclue de sa figure, monstre social ou encore statuaire gothique figurant créatures fantastiques, diables et gargouilles. La célébration même de l’exécution du dragon rouennais (qui par ailleurs sauve des geôles un homme que le droit avait condamné) donnera naissance à la foire qui réintroduira dans la ville les créatures exemplaires à monstrer : les monstres et les bohémiens. « Le plus beau monstre de la foire » à la fin du XIXe siècle : le cinéma, « recapturé » par Pathé finira par inonder les villes.

La ville elle-même dans la littérature, les arts visuels comme dans l’espace réel est parfois considérée comme monstrueuse. Hors contrôle rejoignant un dés-ordre propre et éminemment culturel, la ville monstre est le cauchemar du planificateur. Elle s’autonomise et croît comme en liberté.